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Sékou

« Veille sur l’abondance . »

Chaque matin, avant que le marché ne s’éveille tout à fait, Sékou arrivait lorsque l’air était encore frais et que les étals n’étaient que des silhouettes endormies. Il s’installait entre les caisses de légumes encore perlées de rosée et les sacs de racines lourds de terre. 

Il n’était ni le plus bruyant ni le plus pressé. Il ne cherchait pas à vendre plus que les autres, ni à attirer les regards. Il était là, simplement, posé au cœur du marché comme une pierre à l’endroit exact où le courant ralentit.

Sékou connaissait le langage des saisons. Il l’avait appris sans livres, en observant la couleur du ciel, la texture de la terre, la façon dont les plantes pliaient sous le vent. Il savait reconnaître les années généreuses et celles qui réclamaient patience et retenue. Tandis qu’autour de lui les mains s’agitaient, comptaient, échangeaient et marchandaient, Sékou observait le rythme invisible qui reliait toutes choses l’équilibre fragile entre ce qui partait et ce qui devait rester.

Il ne surveillait pas les marchandises, mais le sens même de l’échange. Un regard suffisait parfois pour ralentir un geste trop pressé, un silence pour rappeler qu’il fallait laisser assez pour le lendemain. Sans jamais donner d’ordres, il maintenait une mesure que chacun, sans vraiment s’en rendre compte, respectait.

On disait que tant que Sékou prenait place ainsi, au centre du marché, rien ne manquerait vraiment. Non pas parce que les étals débordaient, mais parce que la confiance circulait librement. Il veillait sur une richesse que personne n’inscrivait dans les registres : le respect de ce que la terre offre, la conscience de ses limites, et la certitude que l’abondance n’a de sens que lorsqu’elle est partagée.

Et chaque soir, lorsque le marché se vidait lentement et que la lumière déclinait, Sékou se levait sans bruit. La terre avait parlé pour la journée. Il avait écouté. Cela suffisait.

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